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La marine nationale est une marine nucléaire. Elle a en effet recours à cette énergie pour conduire deux de ses principales missions : la dissuasion et la projection de puissance. Du porte-avions aux sous-marins d’attaque ou stratégique, des marins conduisent quotidiennement 12 réacteurs nucléaires. Le Centre Marine de Jouques-Cadarache fête, cette année, le quarantième anniversaire du premier stage pratique de ces marins atomiciens. |
![]() Vue aérienne du centre marine de Jouques-Cadarache - 2007 |
« Le commandant de la Marine à Cadarache », c’est presque du Pagnol, mais c’est bien en ces termes sympathiques que le commandant du centre marine de Jouques-Cadarache est traditionnellement accueilli dans les communes voisines du lieu dit « Cadarache » situé à l’extrémité nord du département des Bouches du Rhône (13)… Quel rôle vient jouer à Cadarache une unité de la marine nationale, qui en porte le nom, composé avec celui de Jouques, une pittoresque et agréable commune du même département? L’actualité a fait découvrir au grand public l’existence du site de Cadarache avec la décision d’y implanter ITER, le réacteur expérimental thermonucléaire International. Cadarache est aussi un centre d’essai nucléaire sous la responsabilité du commissariat à l’énergie atomique, le CEA. Indépendamment d’ITER, environ 5000 personnes y travaillent quotidiennement au profit de la recherche. De taille modeste avec un armement de 17 civils et militaires, le centre marine de Jouques-Cadarache constitue néanmoins un maillon déterminant dans la formation des « atomiciens », ces officiers et officiers mariniers qui vont piloter les réacteurs nucléaires des sous-marins et du porte-avions Charles De Gaulle. Voilà en effet 40 ans qu’il contribue à la partie pratique de leur formation avec l’aide du concepteur de ces mêmes réacteurs embarqués, qui porte désormais le nom de Areva TA (plus connu des initiés sous l’ancienne appellation de Technicatome). |
Une unité atypique Comme le
laisse entendre son nom, la vie du centre marine se partage entre
Cadarache,
pour la formation, et une emprise militaire située 6 km plus
loin sur la
commune de Jouques. Cette base vie surplombe la Durance, et profite
d’une vue
magnifique sur le Luberon et les contreforts des Alpes…
Destinée à l’accueil
des stagiaires, elle comprend des capacités
d’hébergement, d’entretien du site
et de roulage.
En 1960, le commissariat à l’énergie atomique (CEA) commence dans le centre d’essai nucléaire de Cadarache la construction d’un réacteur prototype à terre, bien connu des atomiciens sous le nom de PAT. Ce réacteur préfigure celui qui va équiper le premier sous-marin lanceur d’engins (SNLE), Le Redoutable (mise à l’eau en 1967). Quatre ans après, ce réacteur est opérationnel. Déjà, un premier groupe de marins commence à se former en s’insérant dans les équipes de conduite du CEA. En effet dès le début de cette épopée, l’emploi du PAT s’impose pour une formation pratique sur une installation nucléaire bien réelle. Cette formation doit compléter les connaissances théoriques acquises lors des cours suivis à « l’école atomique », l’EAMEA . Dès 1962, La DPMM cherche à créer, avec l’aide du CEA, un centre de formation comprenant avec un lieu de travail à proximité du PAT, un lieu d’hébergement. Cette décision aboutit en 1966 avec l’acquisition de terrains sur la commune de Jouques, et la création du centre marine de Jouques-Cadarache. Le commandant de l’EAMEA, le CV Jean Guillou y a pris un rôle actif aidé notamment du capitaine de corvette Bernard Louzeau qui deviendra le premier commandant du sous-marin nucléaire lanceurs d’engins (SNLE) Le Redoutable puis quelques années plus tard, chef d’état-major de la Marine… Le 15 novembre 1966, le capitaine de frégate Guy Nachin en prend le commandement pour mettre en œuvre le « stage PAT n°1 » dès mars 1967. |
![]() Les premiers atomiciens se sont formés sur le réacteur "Prototype à terre" (PAT), il y a 40 ans. |
![]() Du Pat 1 au Pat 2 - De 1967 à 1992 se succèdent 73 stages |
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Une intuition remarquable
L’intuition
initiale a été d’associer à
la formation des
atomiciens le concepteur des réacteurs embarqués
avec ses ingénieurs, ses
techniciens et les installations d’essais qu’ils
mettent en œuvre à Cadarache.
Elle s’est progressivement structurée avec la
formulation d’objectifs plus
précis. Ces aspects déterminants demeurent bien
présents. L’apprentissage sur des installations nucléaires réelles prend un relief particulier dans un cursus de formation où le simulateur a trouvé sa place. Les stagiaires appréhendent physiquement à Cadarache les caractéristiques et le comportement des réacteurs embarqués qu’ils mettront en œuvre, dès leur formation achevée. Le contact direct avec les agents de Areva TA favorise le développement d’une culture de sûreté nucléaire commune. Au long de leurs affectations à bord des sous-marins ou du porte-avions, les atomiciens les retrouveront bien souvent pour des opérations de maintenance, des essais et des qualifications de matériel. |
![]() Sur la boucle Edith, les atomiciens conduisent les changement d'état (variations des conditions de pression et de température) que subit un réacteur à l'arrêt. L'installation n'a pas de combustible nucléaire. |
| La formation pratique a évolué avec les orientations données par la marine et la technologie des réacteurs de propulsion nucléaire. De fait, la formation a bénéficié jusqu’en 2003 du fonctionnement des réacteurs prototypes. En 1975, la chaufferie avancée prototype (CAP), construite au profit des sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) est opérationnelle. Le PAT fonctionne toujours et continue de former des atomiciens. La CAP est ensuite transformée pour devenir le réacteur nouvelle génération (RNG) qui préfigure les réacteurs des SNLE du type Le Triomphant et ceux du porte-avions. A partir de 1992, le RNG prend le relais du PAT au profit de la formation des atomiciens. Le RNG est définitivement arrêté en 2005. Son successeur le « réacteur d’essai » (RES), réacteur prototype qui correspondra aux installations nucléaires du Barracuda, est actuellement en construction. Depuis 2003, les stagiaires réalisent leur apprentissage sur des installations nucléaires représentatives des aspects essentiels d’un réacteur embarqué, toujours au contact des agents de Areva TA qui les mettent en œuvre : l’aventure continue ! |
![]() De nombreuses générations d'atomiciens ont conduit le RNG jusqu'en 2003 Il est maintenant à l'arrêt définitif. |
![]() Aujourd'hui les atomiciens mettent en pratique les connaissances acquises sur le contrôle de la réactivité avec le réacteur d'essai: la pile Azur |
Outre la formation initiale
des atomiciens, la
collaboration du centre marine avec Areva TA concerne la formation des
instrumentistes nucléaires, et celle des médecins.
Les instrumentistes sont des atomiciens confirmés, responsables du contrôle commande des réacteurs. Au début, dès 1967, les premiers se sont aussi formés sur le PAT. Ensuite, les instructeurs du centre marine et d’Areva TA ont utilisé des répliques exactes des pupitres de commande des réacteurs. Les médecins destinés aux bâtiments à propulsion nucléaire bénéficient aussi à Cadarache d’un module de formations plus tourné vers l’intervention médicale en milieu contaminé. Enfin, le centre marine accueille les officiers mariniers futurs techniciens supérieurs en radioprotection (TSR). Ils suivent à cette fin un BTS à l’institut national des sciences et techniques nucléaires de Cadarache (INSTN). Au bilan, depuis le début des stages PAT, plus de 4300 stagiaires, officiers et officiers mariniers sont venus à Cadarache pour leur formation. |
![]() Les instrumentistes se forment pour être les spécialistes du contrôle commande du réacteur. |
© Thibault de Lesquen - 2007 - crédits photos : Marine Nationale - Areva Ta Reproductions interdites sans autorisation des auteurs |
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