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J’aurais
aimé évoquer en personne devant vous et
l’ambiance EAMEA - PAT des
années 65 et quelques
souvenirs de l’histoire du PAT telle
que nous l’avons alors vécue de près et
de loin à l’ EAMEA, son client de
souche.
A l’arrivée de votre serviteur à Cherbourg en 64, le mot PAT était encore presqu’inconnu de la sous-marinade, ou alors représentait quelque chose de mythique. Je n’eus d’autre consigne que de continuer l’œuvre de mes deux éminents prédécesseurs, et de recruter et former les officiers et officiers-mariniers qu’allait requérir dans les toutes prochaines années la propulsion nucléaire, et l’armement nucléaire des trois armées. Retenu à Toulon, j’ai demandé aux amiraux Nachin et Arata de me représenter devant vous. L’amiral Nachin fut directeur des études à l’ EAMEA et premier commandant du Centre Marine de Jouques Cadarache, son cadet de quelques années vint aux sous-marins par le biais de l’atome. Je me contenterai, avec quelques commentaires que mes amis pourront compléter, car ils en savent beaucoup plus que moi sur le PAT, les PATs, de rappeler en quelques mots le compte rendu, combien constructif, de la réunion qui se tint à mon initiative le 14 septembre 1967 au « Service d’Essais de Propulsion Nucléaire » pour « tirer les conclusions des deux premiers stages au PAT et examiner dans quelles conditions s’effectuerait le troisième en janvier 68 » (SEPN 67/1481 RF DT). Le compte rendu est signé par le capitaine de frégate Nachin et le chef du SEPN, l’ingénieur R. Ferry ; on y relève cette courte phrase « Les résultats des stagiaires faisant le quart effectif ont été bons dans l’ensemble », et de concrets très concrets conseils pour la suite ; voilà qui était conforme à ce que pensait Bellet : « le nucléaire voyage en première classe » - une allusion à la célèbre phrase de l’amiral Fisher, reprise par le maître de quelques-uns d’entre nous, le célèbre Rickover. Assistaient à la réunion, outre les commandants quittant et prenant de l’ EAMEA : -
l’ingénieur en chef du génie maritime
Chevallier, à qui j’avais prédit lors
d’une séance inaugurale à l’
EAMEA qu’il
aurait son nom dans l’histoire de
France.
- les anciens
commandants de
sous-marin Andrieu et Burban qui avaient servi sous mes ordres, je
connaissais
Andrieu depuis 44 à la Base sous-marine
d’Oran ; pour la petite histoire,
je fus ondoyé en mars 1915 par l’oncle de Burban,
le commandant du Requin
(second Lucas, troisième Régis
du
Vignaux !).
-
l’ingénieur Le Heiget ,
ex-ingénieur mécanicien de la Marine, fils du
célèbre bosco des goélettes de
l’
Ecole Navale dont le murmure dominait la tempête du Raz de
Sein.
- et bien
sûr, l’inévitable
Bernard Louzeau, porte-drapeau infatigable et omniprésent de
la belle épopée.
Tous ces détails trop personnels pour montrer aux « jeunes », que nous vivions en famille, travaillions sans que chacun essayât de tirer la couverture à soi. A ce propos, sans oublier l’ingénieur des Travaux maritimes de Toulon Suder qui fit sortir de terre la caserne de Jouques en un temps record, je saisis l’occasion pour rendre hommage à tous ceux, civils et militaires, qui ont mis la main à la pâte, et singulièrement au directeur d’alors de Cadarache, monsieur Faure, accueillant et efficace, et au commandant Martin, l’un de ses plus proches collaborateurs, bon samaritain et paternel soutien des marins en visite ou en stage. J’ajouterai enfin à l’attention de ceux qui n’ont pas connu cette période (de guerre froide) que les choses ne se seraient pas aussi bien passées si dès la genèse de l’entreprise , il ne s’était pas trouvé en première ligne un personnage hors du commun , le commandant Bellet , mon ami de toujours - je lui avait succédé en 38 sur l’Archimède, officier en second et commandant du Casabianca, fondateur de l’ EAMEA et rassembleur des premiers disciples…, et un homme de la même trempe, monsieur Debiesse, directeur de l’INSTN qui fut notre protecteur et notre conseiller et nous ouvrit combien de portes du CEA, ami personnel du ministre Pierre Messmer, fidèle du général de Gaulle sans qui il n’y aurait pas eu de SNLE. Avec Pierre Messmer qui ne manquait aucune réunion du Conseil d’administration de l’EAMEA, nous avons évoqué cette épopée à Toulon en 2000, à l’occasion du bicentenaire de l’Académie du Var dont mes confrères Arata et Talboutier (un nom encore à retenir) sont membres ; il présidait nos festivités. Je n’ai dit que le dixième de ce que j’avais à dire de ces trois ans que j’ai passés de près à l’ EAMEA, de trop loin autour du PAT dans une ambiance extraordinaire d’enthousiasme et de succès dont je n’ai été qu’un modeste et trop passager maillon. Et en conclusion, lorsque vint pour le Redoutable la première sortie d’essais à la mer, ce fut le bord qui, certes sous l’oeil et le clin d’oeil amical des fournisseurs, fut aux commandes du réacteur. Il est vraisemblable que le PAT et tous les artisans, connus ou anonymes, qui ont œuvré autour de lui y furent pour quelque chose. Amiral Guillou
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Le premier stage PAT 1967 © Marine Nationale-EAMEA |